En vol


le tennis selon Lartigue

Jacques Henri Lartigue, né libre et heureux, a fait de sa vie un chef d’œuvre. A l’ombre des Années Folles, il voue sa jeunesse au bonheur de vivre et à la beauté, voire à une certaine frivolité. C’est un vrai dandy !

Il s’enthousiasme pour le sport, en particulier pour le tennis qui l’enchante. Excellent joueur, Lartigue s’émerveille de toutes les sensations que ce sport lui procure : « Jouer au tennis au soleil. L’odeur des vestiaires. Les grands arbres verts. Le chant d’un merle (…). Le soleil au-dessus de ma tête »1. La vitesse, l’envol, le suspense du jeu le passionnent : « La balle arrive, la raquette l’attend avec ses boyaux extra tendus. Son bruit à la fois sec, élastique et creux vous envoie une parcelle de volupté à travers le corps. Faire un sport rapide, c’est vivre dans la fantastique contrée des atomes de seconde »2.

Durant l’hiver 1915, Lartigue découvre un « phénomène », « une petite fille de 14 ans appelée Suzanne Lenglen ». Au Tennis-club de Nice, où celle-ci continue un entraînement de « machine à jouer au tennis », il l’observe : « Elle joue si bien et si fort qu’elle battrait facilement beaucoup de véritables champions hommes en simple ». A l’époque, elle est déjà championne de France, sera-t-elle « championne du Monde ? » s’interroge-t-il.

« Toute sa vie, et comme si la photographie ne suffisait pas à combler son désir d’inventaire, Jacques Henri Lartigue a eu le souci d’écrire le temps qui passe pour le retenir3 ». Pour raconter sa vie, il composera des albums de photographies avec une grande minutie. Et dans son journal, « Il faisait toujours beau. Jamais il ne pleuvait. Ou presque jamais…4 », comme l’a fait remarquer son ami Richard Avedon.

Dans sa vie comme en photographie, Jacques Henri Lartigue semble avoir toujours cherché à « prendre au vol l’image (heureuse) d’un instant, un court fragment de temps qui signifiera désormais quelque chose d’éternel5 ».


1. L’émerveillé, écrit à mesure, 1923-1931
2. Journal, 1919
3. Martine d’Astier, Jacques Henri Lartigue,
Une vie sans ombre
, Gallimard, Paris, 2009
4. Richard Avedon, Instants de ma vie, postface,
le Chêne, Paris, 1970
5. Jacques Henri Lartigue


Exposition du 24 mai
au 14 octobre 2017