#40

Gamblers in a smoky corner, Sophiatown, années 1950

Jürgen Schadeberg

Ce quatuor de joueurs de cartes, cigarettes au bec et chapeau bien enfoncé sur la tête, semble perdu dans une partie de cartes endiablée ; le tout dans une atmosphère de clair obscur renforçant l’effet dramatique de la scène. Il est déjà tard dans la nuit, et nous sommes dans un coin reculé de Sophiatown, là où tout se passe….

Sophiatown était un quartier de Johannesburg qui est resté célèbre pour son mode de vie bohème et sa scène musicale vibrionante. Un des quartiers les plus anciens de Johannesburg, c’était aussi un des seuls territoire d’Afrique du Sud où, à l’époque, les Noirs avaient le droit de posséder une terre. C’était là que la vie artistique bouillonnait, et l’on ne compte plus les musiciens devenus célèbres qui ont débuté dans les petits clubs de jazz du quartier, comme Myriam Makeba ou Hugh Masekela. Malgré les gangs, la violence et la pauvreté, Sophiatown était devenu, dans les années 1940 et 1950, l’épicentre de la politique, de la littérature, du jazz et du blues.

En 1955, le gouvernement de l’époque, à qui ce territoire libertaire déplaisait fortement, décida d’éliminer totalement ce quartier multi-racial pour le transformer en une zone exclusivement blanche, conformément à sa politique de ségrégation raciale – l’apartheid. Le quartier fut totalement vidé de ses habitants puis intégralement détruit et son nom même disparut des cartes.

Seule nous reste donc aujourd’hui la mémoire de ces musiques de jazz endiablées ou le souvenir de ces joueurs de pokers aux visages dévorés par la passion du jeu.